Les Vieilles Halles

Trun n'a plus de halles, on n'a pas su conserver les anciennes. Il nous reste quelques vieilles photographies, antérieures à 1900, pour en conserver le souvenir. L'âge de ces halles est difficile à déterminer en absence de textes précis. Il semblerait qu'on peut les dater dans une fourchette, comme disent les mathématiciens, entre le XIIIe et le XVe siècles.

Coté ouest sur l'arrière était la réserve où le coutumier garait les grains qui n'avaient pas été vendus. Antérieurement, vers 1830, une autre halle, dite "halle aux toiles", se trouvait entre les rues ex-traversières (Luc Chardal maintenant), et le début de la rue de l'Eglise. On ne sait pas quand ces dernières ont été supprimées, probablement sous Louis Philippe quand les métiers furent mécanisés et actionnés par des hommes, aidés en cela par des machines à vapeur. Restées seules, ce que l'on nommait les vieilles halles furent et restèrent le centre du commerce local: grains et produits des cultures vivrières, cela jusqu'au XIXe siècle.

Mais ce n'était pas là toute l'utilité des halles. Elles pouvaient aussi être salles de réunion et salle des fêtes. Jusqu'à des temps pas très lointains des groupes d'acteurs allaient d'un bourg à l'autre pour jouer la comédie le drame ou l'opérette. Une ces troupes qui est restée dans le souvenir des anciens était celle de la famille Montanari: elle établissait des tréteaux sous les vieilles halles, jouant des drames: " la Porteuse de Pain" et autres classiques (si l'on peut dire) dans le cadre de la pensée de cette époque, des comédies, des opérettes d'Offenbach ou d'autres et les dernières chansons à la mode du Paris de ce temps là.

Le dernier passage de la famille Montanari en tant qu'acteurs, eut lieu vers 1930/1935. La T.S.F., qui était en plein essor remplaça peu à peu les petites troupes d'acteurs itinérantes qui se reclassèrent dan la figuration cinématographique.

Le cinéma fit son apparition après la guerre de 1914. Dans des tentes, surplus de l'armée américaine, des forains faisaient les bourgs et chef lieux de canton. A Trun c'est un nommé Garnier qui commença ce métier de montreur d'images, avec groupe électrogène, lampe à arc... ce qui semblait le comble du modernisme.

L'ensemble de ces souvenirs, c'est ce qui reste d'un grand passé assez récent et n'est qu'une petite fraction de l'évolution continuelle de la vie et de ses à cotés.

Charles Malsoute

 

Le Marché

Au Xe siècle, Montgommery, vicomte d'Exmes et parent du grand Rollon établit un diacre sur Trun qui ainsi devint paroisse. A dater de cette époque la vie s'organise graduellement et le bourg s'édifie. Montgommery octroie des franchises en "Bourgeoisie" aux habitants donnant exception de redevances et de corvées, en compensation ceux-ci doivent à Monseigneur "défenses en armes". Par contre les Vignats ont obligation d'avoir château fort. Trun devient alors au cours des siècles, un gîte d'étape pour piétons, cavaliers et transports de marchandises.

Trun à cause de ses franchises devient un lieu d'échanges et offre bientôt un marché. Les Montgommery prélèvent alors un droit sur les marchandises vendues. Le XIe siècle voit le bourg se développer et prendre un caractère commercial et hôtelier. Le chemin romain est seul utilisé pour le passage des chariots, tirés par des boeufs et le passage des ruisseaux se fait à gué. Des moines construisent deux passerelles sur la Dives: les Ponts Gallos. Avant son départ avec Guillaume le Conquérant et dans le but de plaire à celui-ci, Roger Montgommery donne Trun (ses bénéfices) à l'abbaye de St Etienne de Caen. Des gens de Trun prennent certainement part à cette guerre.

Au temps de Roger II une route est construite à travers le bourg. Tout le trafic y passe et des auberges s'établissent. Trun devient alors un bourg de marchands et d'artisans.

L'abbaye de St Etienne commet un sergent chargé de faire respecter l'honnêteté. Il doit saisir le vin piqué, chairs et poissons mauvais, emprisonner les marchands ayant fausses aunes, faux poids, fausses mesures. Les bateaux débarquent des barriques à l'embouchure de la Dives. Les marchands vont s'y approvisionner, le commerce des vins est florissant. Après la guerre de 100 ans l'abbaye de St Etienne s'emploie  à faire renaître le marché. Elle fait construire des halles (entre l'hospice et l'actuel monument aux morts) halle aux grains, tanneurs et cordiers, halle aux drapiers et boulangers, halle aux merciers.

En 1640, la foudre détruit les halles. Reconstruites à la fin du XIXe siècle, elles reçoivent les commerçants deux fois la semaine, le mardi et le jeudi. On trouve aux halles: foin, chanvre, cordes, fers, outils, ustensiles de ménage. Les poissonniers vendent aux halles également. Par contre bouchers et charcutiers tiennent boutique. Les artisans travaillent au rez-de-chaussée de leur demeure: tisserands, toiliers, bourreliers, cordonniers. Chaque famille fait son pain mais le cuit au four banal moyennant redevance au sergent. On mout son grain au moulin de Drieu qui paie redevance à l'abbaye et se fait payer elle même en nature par les paysans.

Ainsi que l'on voit, c'est de vieille date que le marché local a été créé. C'est une tradition et l'emplacement en a toujours été respecté. Bien qu'il ne puisse rivaliser avec les marchés d'antan, les besoins n'étant pas les mêmes, souhaitons lui animation et bonnes affaires.

Charles Malsoute